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Les poètes Dante (1265-1321)  et Pétrarque (1304-1374)

 

Deux poètes de la Renaissance


Aujourd'hui, les historiens sont en mesure d'étudier cette période de la Renaissance (14ème - 16ème siècle) de manière plus objective, plus nuancée que durant les siècles passés, où bien souvent la Renaissance a été parée de toutes les lumières et le Moyen Age paré de toutes les obscurités. Aujourd'hui, on rend hommage aux lumières du Moyen Age, ce qui n'est que justice ! et la Renaissance reste cette stupéfiante éclosion qui prépare l'ère moderne, mais qui aura aussi, son lot d'obscurités…. Il n'empêche que c'est une période passionnante à étudier du point de vue politique, économique, mais surtout des idées, de la culture et de l'art, pour mieux comprendre la spécificité de cette période.

 

C'est dans les cités italiennes, avec la redécouverte de l'Antiquité latine et grecque, que débute dès le XIVème siècle l'éclosion de la Renaissance européenne.

 

Qu'est-ce que la Re-naissance ? C'est une seconde naissance, celle d'un passé prestigieux. Ce passé prestigieux, pour l'Europe latine médiévale, ce sont les siècles de l'Empire romain, durant lesquels l'Italie avait été la métropole de l'Empire d'Occident. C'est l'Italie qui avait eu le plus à perdre de la dislocation de l'Empire aux VI-VIIème siècles. Le sac de Rome, la ville éternelle, en 410 par les Vandales d'Alaric, est resté un traumatisme important dans le pays.

C'est donc en Italie que l'histoire romaine est entrée dans la légende et que ses ruines partout présentes, ont invité au pèlerinage. L'Italie est le premier laboratoire de cette expérience de la Renaissance, avec cette volonté de combler le gouffre entre la patrie romaine et la patrie contemporaine. Chaque ville italienne, du XI ème au XIII ème siècles, se veut une Rome municipale, se dote d'un forum, d'un sénat où renaissent l'éloquence, la délibération politique, mais aussi le commerce et l'économie.  A côté de la cathédrale, des couvents, des anciennes tours médiévales, grandissent les organes d'une vie urbaine laïque, avec ses bourgeois, ses marchands et banquiers. Les fils des marchands italiens, financiers de l'Europe, sont les grands innovateurs de l'époque.

 

Au XII ème siècle, François d'Assise (1181-1226) était le fils d'un riche commerçant. Il se donna la mission d'évangéliser cette nouvelle société urbaine qui risquait de s'éloigner d'une certaine éthique chrétienne de modération. Pétrarque est aussi fils de marchand et va, au fil de ses œuvres, évoquer la grandeur romaine et méditer sur ses ruines. Ses essais, ses poèmes, sa correspondance ont fait de lui le premier grand écrivain européen. Formé à la cour d'Avignon, il aurait pu s'installer à Paris. Mais il préfère les villes italiennes, comme Venise ou Florence, en plus du Vaucluse … C'est en Italie qu'il forme les premiers humanistes : Boccace, Salutati, Barbaro. Pédagogues, conseillers de princes, ils ont fait école à leur tour.

 

Une Renaissance grecque

 

En 1439-1443, un tournant essentiel se passe. C'est le milieu du Quattrocento. Florence est le siège d'un concile réunissant  l'élite religieuse et culturelle byzantine, et les théologiens et humanistes latins. C'est alors que la Renaissance latine devient aussi une Renaissance grecque. Florence devient la capitale du néoplatonisme occidental et une ville-Académie, sous l'influence de Gémiste Pléthon, Marsile Ficin, Pic de la Mirandole ; aidés par les banquiers et mécènes Médicis (Côme de Médicis, Laurent). Les artistes, protégés et payés par ces mêmes mécènes, renouent avec l'art antique et ses génies. Michel-Ange, Raphaël, Botticelli, Léonard de Vinci font revivre les dieux et héros de l'antiquité gréco-romaine. Le néoplatonisme florentin féconde la peinture et la sculpture italienne.

 

Dans le domaine politique, Machiavel médite sur les historiens romains (Tite-Live) et invite les Médicis à créer un Etat italien "à la romaine". Dans les domaines musical, théâtral, aussi on s'inspire de l'antiquité, avec Monteverdi qui fait école en Europe ; la reprise des comédies de Plaute et des tragédies de Sénèque, refait naître l'art dramatique, avant la commedia dell'arte itinérante conquière l'Europe.

 

La littérature scientifique grecque, rapportée en Italie de Byzance, Archimède, Ptolémée, Euclide …. est commentée, traduite, publiée par les humanistes italiens. Ceci fait faire un bond en avant considérable à la science européenne. Copernic, Képler, Galilée. La Renaissance est une période de passion, où on réinvente la notion d'homme universel, uomo universale…. La Nature et l'homme sont un mystère, ils ont quelque chose d'insondable. Lien analogique entre Dieu, la Nature et l'homme.

 

 

DANTE (1265-1321) sonne la fin du Moyen Age et le début des penseurs de la Renaissance. Il illustre un renversement de perspective par rapport à la théologie médiévale.

 

PETRARQUE (1304-1374) est le grand poète de la Renaissance italienne (auquel se rajoute Boccace).

 

Dante et Pétrarque, deux destins qui se ressemblent à bien des égards.

 

DANTE

 

Dante est le premier grand poète de langue italienne et son œuvre La Divine Comédie, est considérée comme l'un des chefs-d'œuvre de la littérature. Il est issu de la famille Alighieri, originaire de Florence, favorable aux guelfes (favorables au Pape). Nous sommes en pleine querelle entre les guelfes et les gibelins, entre les partisans du Pape et ceux de l'Empereur.

 

Peu de choses sont connues sur la jeunesse et l'éducation de Dante ; il séjourne sans doute quelque temps à Bologne, puis reçoit à Florence les enseignements des écoles franciscaine et dominicaine.  Il rencontre des poètes. Ses centres d'intérêts le portent à découvrir les ménestrels, les poètes provençaux et la culture latine classique.

 

Sa dévotion pour Virgile est immense, ce qui est un trait commun avec Pétrarque. L'Enéide est pour eux le plus grand poème de l'antiquité. C'est en 1274 (il a 9 ans) que Dante aurait rencontré pour la première fois Béatrice qui a le même âge que lui. De son vrai nom Bice di Folco Portinari, elle meurt en 1290, à l'âge de 25 ans. On sait peu de chose d'un amour dont l'histoire est sublimée dans Vita Nuova (composé entre 1292 et 1294, après la mort de Béatrice) dans laquelle il décrit sa première rencontre avec Béatrice, âgée seulement de neuf ans, puis la deuxième, advenue neuf années plus tard.  Il expliquera plus tard le sens symbolique du nombre neuf, associé à Béatrice.

 

Dans la Vita Nuova, Dante décrit sa passion et son désespoir à la mort de Béatrice.

 

Un rêve qu'il fait accompagne le premier poème du livre : Dante voit apparaître le dieu Amour dans une nuée de feu, portant Béatrice nue dans un drap couleur de sang. Amour tient dans sa main le cœur enflammé de Dante et le donne à manger à Béatrice, puis s'élève vers le ciel avec elle. Ce rêve montre la puissance évocatrice du poète : la tradition mystique retient la nuée de feu, la tradition courtoise, l'histoire du cœur mangé, l'élévation vers le ciel contient une dimension eschatologique.

 

Sa conception de la cité de Florence est tributaire de la vie et de la mort de Béatrice : en effet, après la mort de la gentilissima (la très noble, la très courtoise), Florence est veuve et Béatrice devient un nom commun (Florence a perdu sa Béatrice écrit le poète).

 

Dante joue un rôle très actif dans la vie politique de Florence. Dante est un guelfe ardent : il se signale dans plusieurs expéditions contre les gibelins. Mais les guelfes se sont divisés en deux factions : les Noirs, favorables à la politique papale de Boniface VIII et les Blancs, partisans d'une plus grande autonomie de la ville. Dante s'engage de plus en plus fermement du côté des guelfes blancs, c'est-à-dire contre la politique d'ingérence du pape. En octobre 1301, membre du Conseil des cents, il se rend à Rome pour tenter une ultime démarche de conciliation. Les procès commencent. Dante apprend sur le chemin du retour qu'il est condamné pour gains illicites et insoumission au pape et à Charles de Valois. Il refuse de se présenter en accusé. Un deuxième procès, instruit le 10 mars 1302 le condamne au bûcher. Tous ses biens sont confisqués, il est exilé avec d'autres guelfes blancs et ne reviendra jamais à Florence.

 

Un exil prolifique


Dante se met à errer de ville en ville, luttant contre la misère, cherchant protection auprès des cours de l'Italie du nord. Il vient passer quelque temps à Paris, où il fréquente l'université et s'arrête finalement à Ravenne, où il meurt de la malaria en 1321, après avoir fait de vains efforts pour rentrer dans sa patrie. Sa tombe se trouve à Ravenne, au centre historique de la ville. Encore aujourd'hui, les Florentins voudraient bien récupérer son corps mais Ravenne refuse toujours de restituer à cette ville le corps d'un personnage qu'elle a banni.

 

Dès 1306, Dante commence la rédaction de son œuvre majeure, la Divine Comédie et la poursuivra vraisemblablement jusqu'à sa mort.

 

L'œuvre initiale portait simplement le nom de « Comedia », mais par la suite les principaux commentateurs et les éditions modernes du texte lui ont adjoint le qualificatif de « divina », suivant en cela Boccace, qui le premier, a ajouté l'adjectif divin.

 

L'œuvre raconte le voyage imaginaire de Dante lui-même qui se retrouve brusquement plongé dans une forêt sombre. Là, il rencontre Virgile qui l'invite à pénétrer dans le monde de l'au-delà.

 

Dante le suit et c'est par la visite de l'enfer que commence son périple ; il descend  à travers les neuf cercles concentriques de l'enfer ; il gravit ensuite les sept gradins de la montagne du purgatoire toujours en compagnie de Virgile qui lui sert de guide jusqu'à la porte du paradis ;  mais Virgile ne pouvant aller plus loin, c'est Béatrice, son amour de jeunesse, sa muse qui va le guider jusqu'au Paradis. Il s'élève ainsi dans les neuf sphères concentriques du paradis. Le Paradis est construit à l'inverse de l'Enfer : neuf cercles concentriques dirigés vers le haut.

 

Chaque cercle correspond en fait à un ciel (ciel de la Lune, de Mercure, de Vénus … ) dans lequel sont logés les hommes sans péchés selon leur mérite. À la fin du parcours, les apôtres du Christ interrogent Dante, qui répond justement à leurs questions, et passe au dixième ciel ou Empyrée. Là Béatrice le quitte et c'est saint Bernard de Clairvaux qui devient le dernier guide de Dante. Ce dernier adresse une prière à la Sainte Vierge et finalement Dante s'éteint complètement en Dieu, l'« Amour qui meut le ciel et les étoiles ».

Il faudra à Dante toute la semaine sainte de l'année 1300 pour effectuer la totalité de ce voyage.

 

Le récit, rédigé à la première personne, est un véritable voyage initiatique. Au cours de son périple, Dante rencontre une centaine de personnalités, depuis les grandes figures mythiques de l'antiquité comme les philosophes, jusqu'aux personnalités locales contemporaines de Dante.

 

Cette œuvre monumentale offre ainsi de nombreuses lectures différentes ; elle est à la fois le récit du parcours personnel de Dante, un manuel théologique chrétien de description de l'au-delà, un roman à valeur éthique et morale ou encore une réflexion sur la recherche du salut éternel.

 

Le génie de Dante réside en ce savant mélange de lieux imaginaires et d'expériences concrètes. Bien que l'action se situe dans un univers totalement métaphysique, Dante sait décrire les lieux avec force détails et leur donne beaucoup de réalisme en les peuplant de toutes ces figures célèbres ou anonymes. Au terme d'un voyage riche mais éprouvant, le salut accordé au narrateur est un message d'espoir pour l'humanité tout entière : la promesse de salut pour chacun.

La Divine Comédie est divisée en trois cantiques composés de trente-trois chants chacun (plus un chant inaugural placé dans l’Enfer). Ce découpage très précis traduit la symbolique des nombres : on distingue 100 chants en tout ce qui renvoie au chiffre « 1 » qui traduit l'unité, alors que la répétition du chiffre « 3 » peut être associée à la Trinité.

Virgile, dans le récit allégorique, représente la raison, mais la raison ne suffit pas pour arriver à Dieu ; la foi est nécessaire et Béatrice représente cette vertu. Mélange de vision antique et chrétienne.

Pour Dante, la philosophie est une consolation dans le sens où elle permet ici-bas de goûter aux félicités divines. On a donc : métaphysique, théologie, morale. C'est la sagesse entendue comme morale qui l'emporte d'un point de vue humain sur la métaphysique. Une sorte de congé est donné à la métaphysique. Signe des temps. Un changement voit le jour. L'homme ne veut plus contempler la félicité, mais la vivre.

 

Autre changement : pour Dante, l'univers est plein de symboles et en particulier, de symboles liés à l'astrologie. Les planètes renvoient à des dieux de l'antiquité qui sont les expressions de traits de caractère. La nature, par ce trait, est revalorisée. A travers un langage ésotérique, elle parle son langage propre. Rapport des choses à une âme et non plus simplement à un Dieu transcendant.

 

Dernier signe de changement : dans la Divine Comédie, au cours de son ascension initiatique, Dante revient à l'idée d'une âme immortelle de l'humanité. On se situe à nouveau dans un monde éternel, nécessaire, où il n'y a plus de création. La pensée s'explique par la Nature. L'homme veut lui-même réaliser la sagesse divine en se situant dans un monde qui est le miroir de l'âme humaine et non pas celui de la lumière divine.

 

Dernier des penseurs du Moyen Age, il est le premier penseur de la Renaissance. L'homme n'est plus dans le monde. C'est désormais le monde qui est dans l'homme. Transcendance laisse place à l'immanence. Humanisme de la Renaissance.

 

 

PETRARQUE

 

Francesco Petrarca est né à Arezzo d'une famille exilée de Florence ; son père avait été banni de Florence par les Guelfes noirs en 1302 en raison de ses liens politiques avec Dante.Toute sa famille rejoint ensuite Pise, puis Marseille et Avignon en 1312. Il commence ses études à Carpentras.

 

Grand voyageur, il se rend à Montpellier, puis à Bologne pour étudier le droit. Il lit en secret Cicéron, Virgile, tous les classiques latins alors connus.

 

« De l’avis général, dit-il, j’étais un jeune homme de grand avenir si j’avais persisté dans la voie où je m’étais engagé ; mais j’ai complètement abandonné cette étude. »

 

Il quitte le domaine du droit pour se consacrer à la littérature. Il recherche, puis collectionne les manuscrits latins, comme le plaidoyer de Cicéron Pro Archia. Il effectue aussi un véritable travail philologique, qui annonce le travail des grands humanistes jusqu'à Erasme.

 

Il professe pour l’Antiquité un culte enthousiaste. Il se réfugie dans l’antiquité comme dans un temple. Il converse avec les antiques comme avec ses familiers. « Des hommes actuels, écrit-il, la seule vue me blesse gravement; tandis que les souvenirs, les noms illustres des Anciens me causent une joie profonde, magnifique et si inestimable que si le monde le pouvait savoir, il s’étonnerait de ce que je me plaise tant de converser avec les morts, et si peu avec les vivants. » Lorsque, sur sa route de pèlerin, se dresse la silhouette d’un couvent, il frémit à la pensée que ce couvent renferme un texte antique…

 

Après Bologne, il revient s'installer en Avignon. C'est là que le 6 avril 1327, il rencontre dans l'église de Sainte-Claire l'amour de sa vie : Laure de Noves (1308-1348), qui deviendra sa muse. Laure vient d'avoir dix-neuf ans et Pétrarque connaît un coup de foudre. Il va chanter Laure et la célébrer comme jamais aucun poète ne l’avait fait depuis le temps des troubadours. Fidèle aux règles de l'Amour Courtois, le poète donne peu de renseignements sur Laure. Il précise seulement que « sa démarche n'avait rien de mortel », que « sa bien-aimée avait la forme d'un ange » et que « ses paroles avaient un autre son que la voix humaine ».

 

Il l’aima d'un amour platonique pendant vingt ans, jusqu’au jour où il apprit qu’elle avait succombé à la peste, et ne cessa de la chanter durant les vingt-six ans qu’il lui survécut. La presque totalité du Canzoniere, un recueil de 366 poèmes, lui est consacré.

 

L’amour qu’il lui portait ne l’empêcha pas de beaucoup voyager. Obéissant à une sorte de fatalité de l’exil, Pétrarque changeait sans cesse de séjour, au point d’étonner ses amis. La retraite de Fontaine de Vaucluse trouva seule grâce à ses yeux : elle était son Tusculum.

 

C'est en italien qu'il choisit d'écrire les poèmes d'amour pour Laure, admirés pendant la Renaissance comme l'un des sommets de la poésie. Les académies où l’étude de Pétrarque, les commentaires sur Pétrarque, les vers à l’imitation de Pétrarque, furent des sociétés où l’on ne parlait que d’amour, et se croyaient consacrées à la glorification de ce sentiment.

 

Le Canzoniere se divise en deux parties : les poésies sur Laure vivante, et celles d’après sa mort.

 

La seconde partie : la douleur et la plainte dominent au commencement ; le poète accuse la mort ; son amertume est sans cesse augmentée par l’image de la beauté de Laure que tout lui rappelle. Puis sa pensée s’élève, il cherche dans les cieux cette figure évanouie, qui lui apparaît plus belle encore et moins altière.

 

Une véritable apothéose consacre l’objet de ses fidèles amours, et cette partie de l’œuvre est un traité de la consolation, un monument poétique et funèbre élevé à une chère mémoire. Pour clore cette partie et tout son Canzoniere, Pétrarque a écrit une canzone à la Vierge, qui couronne dignement tant de poésie, d’amour et de pureté.

Comme pour Dante, on parlera d'accents platoniciens à propos de cet amour. Mais, contrairement à Dante, c'est plutôt le latin qui intéresse Pétrarque, langue plus noble à ses yeux, dans laquelle il écrit la plus grande partie de son œuvre (Africa, Secretum meum, De vita solitaria, et De otio religiosorum).

 

Il calque son latin sur deux auteurs qui lui servent de modèles absolus : Virgile pour la poésie épique et Cicéron pour la prose.

 

Malgré le succès de ses poèmes d'amour, c'est avant tout comme restaurateur de la civilisation antique que Pétrarque se pense. Et c'est de ce point de vue qu'il est considéré comme le père fondateur de l'humanisme.

 

Cette activité savante n'est jamais éloignée d'une inquiétude existentielle qui l'amène à poursuivre toute sa vie un dialogue exigeant et tourmenté avec saint Augustin.

Vaste correspondance que Pétrarque nous lègue.
Exemple : son ascension du mont Ventoux avec son frère.

 

Cette marche est devenue le symbole de l'humanisme renaissant : l'homme gravissant la montagne constitue une métaphore sur le sens de l'existence humaine, fragile et mortelle.

 

 

A la fin de sa vie, Pétrarque, déjà reconnu comme un maître à penser, vit près de Venise. Dans cette région, à l'université de Padoue, se développe une puissante tradition philosophique aristotélicienne qui met le savoir scientifique et technique au-dessus de la tradition platonisante que Pétrarque avait diffusée.

Il est en butte à des attaques de docteurs défendant les thèses d'Averroès. Piqué au vif par cette hostilité, il rédige en 1367-1368 une réponse cinglante sous la forme d'un traité "De sa propre ignorance et de celle de tant d'autres".

 

Ce traité constitue le meilleur condensé de sa pensée. Il commence par reconnaître sa propre ignorance, et ne rien comprendre de l'Aristote dont se réclament ses détracteurs. Ensuite, il explique que leur vision ne débouche sur aucun effet pratique : Suffit-il en effet de définir ce qu'est la sagesse, si par ailleurs on est incapable de se comporter en sage ? Enfin, Pétrarque démontre combien toute connaissance humaine est insignifiante compte tenu de l'étendue infinie de ce que l'homme ignore et que la véritable sagesse consiste précisément à comprendre et à agir conformément à cette conscience de l'insuffisance de la raison humaine.

 

 

On a pu dire que ce texte constitue la première attaque lancée par l'humanisme littéraire contre une certaine forme de philosophie scolastique.

 

C'est un vibrant plaidoyer pour le savoir humain qui oblige l'homme à l'inconfort permanent de la conscience de ses limitations, qui se nourrit à parts égales de l'héritage antique et de la spiritualité des Pères de l'Eglise comme saint Augustin, il inaugure la démarche humaniste et renaissante : mesurer l'inaliénable grandeur de l'homme et sa centralité dans le monde.